Burn-out et empathie

Il y a quelques jours, nous écrivions l’article « Burn-out et solitude« . 
Malgré sa longueur, il nous a semblé qu’il manquait quelque chose d’aussi essentiel que ce qui a été abordé: l’empathie.
Si vous avez lu l’article précédent, vous aurez compris que la personne en burn-out se sent seule.  Vous aurez identifié quelques raisons pour lesquelles les collègues, amis, parents peuvent se sentir à distance. Vous avez également identifié ce que la personne en souffrance peut entreprendre elle-même pour améliorer son sentiment de solitude.

Mais vous qui avez peut-être une personne en souffrance dans votre entourage que pouvez-vous faire ?

NB:  Vous trouverez d’autres éléments dans notre vidéo (« Coach my friend« ). Bien que la technique vidéo était largement perfectible (disons-le comme cela !), le contenu évoquait déjà l’empathie par rapport à la personne en burn-out.

Voici nos conseils en 4 étapes.

1) Comprendre le mécanisme burn-out

La première étape est sans doute de comprendre le mécanisme du burn-out.
Celui-ci intervient en effet après de nombreux mois, parfois années, de stress chronique, ressenti par la personne. Cette souffrance passe par une période de déni plus ou moins longue, où malgré le stress élevé, la personne se raconte que « ça va aller », « qu’elle a toujours pu passer outre ces périodes, et qu’elle recommencera ».
La personne en pré burn-out sent son propre stress et voit les facteurs qui l’y mènent (il y a bien des facteurs professionnels et extérieurs à la personne: une relation vécue comme conflictuelle, voir toxique; un travail dépassant toute logique; des instructions contradictoires; des punitions injustes et inévitables; de l’isolement; une incapacité à délivrer ce qui est attendu par faute de moyens; des problèmes de sens; des conflits de valeurs, …).
Pourtant, elle prend sur elle … ferme les yeux. Et se dit qu’elle va y arriver. Elle ne peut pas lâcher car intrinsèquement, cette personne DOIT y parvenir. C’est un travailleur, une collaboratrice, un manager qui est souvent très compétent, ou très performant, ou très altruiste. Si elle est face à des facteurs extérieurs qui lui demandent trop de ressources, elle est aussi face à ses propres facteurs personnels, qui sont bien plus souvent des croyances dites « limitantes » (exempe: « je ne peux pas faire d’erreurs, sans quoi je serai exclu du groupe »). Ces mêmes croyances la poussent à s’ignorer, à ne pas prendre soin d’elle et à pousser son corps hors limite. Elle donne, elle performe, elle assure … sans écouter ses propres signaux. Et puis, et puis … le corps divorce.
Il dit stop. De différentes manières: une immense fatigue, un coeur qui bat la chamade à tout moment, des crampes musculaires aigües, des manques de concentration tels qu’on peut se mettre en danger (ex: s’engager dans un rond-point même si une voiture arrive à gauche), des maux de tête épouvantables, des accidents, des explosions de pleurs, l’incapacité de se lever le matin (sensation de paralysie ou de peser 3 tonnes).
La personne en burn-out ne veut pas être en burn-out. Elle va chez son médecin pour se soigner le plus vite possible et refuse bien souvent le certificat … C’est souvent quand les symptômes se sont multipliés et qu’elle retourne voir son médecin que celui-ci laisse tomber son verdict et impose un retrait.
Sachez que la personne en burn-out ne veut pas s’arrêter (ben oui, si elle s’arrête, elle ne peut pas performer, être dispo, faire les choses bien … or, elle a besoin de cela pour vivre … (enfin, elle croit cela inconsciemment). Le diagnostic est terrible pour elle. C’est comme si on lui ôtait un bras. Certains de nos coachees sont en congé de maladie depuis des mois et nous disent en arrivant chez nous: « ce n’est pas comme si je m’étais cassé une jambe ou comme si j’étais malade ». Non, la personne en burn-out ne reconnaît pas son état. Elle n’en veut pas. Mais elle est obligée de faire avec ce corps qui, force est de reconnaître, n’avance plus.

2) Comprendre les émotions du burn-out.

La personne en burn-out est en colère: contre son emploi qui l’a mis dans cet état … mais surtout contre elle-même dont le corps n’avance plus.
La personne en burn-out est triste: elle est seule, isolée du monde, isolée de l’endroit où elle pense pouvoir se réaliser.
La personne en burn-out se sent coupable: de ne pas délivrer ce qu’on attend d’elle. De ne pas être présente. De laisser ses collègues dans l’embarras. Souvenez-vous: on a toujours pu compter sur eux.
Elle vit son burn-out comme une mise à l’écart injuste, et tout à fait hors de sa volonté et de son contrôle. Cette idée lui est pénible, voir insupportable pour certains.
Accepter son état de santé est un cap qui lui prend du temps. Elle n’en veut pas. Elle nous dit: « Je ne me reconnais pas. Je ne reconnais pas l’homme, la femme que j’étais. Je déteste ce que je vois dans mon miroir. Je ne supporte pas cette situation. ».
Elle a donc évidemment des difficultés à parler de sa situation qui lui est si pénible. Pour certains coachees qui sont attentifs au regard de l’autre, la culpabilité peut être transformée en sentiment de honte.
Alors, elle attend. Elle espère. Un appel. Un échange. Un contact. Qui la rassure.

3) Comprendre de quoi elle a besoin

Outre du repos et d’une remise en question de sa relation au travail (elle est souvent trop impliquée, trop liée à son travail), elle a besoin de soutien social.
De la part de ses collègues, elle a besoin de savoir qu’ils sont là aussi.
Et surtout, elle a besoin de savoir que son image de professionnelle, de travailleuse qualitative, de personne qui s’implique, … vit toujours aux yeux des autres. Elle a besoin de savoir que sur le lieu de travail, on se souvient de ce qu’elle a été, donné, fait … et qu’elle n’est pas vue seulement comme quelqu’un qui en burn-out … pire, quelqu’un de mou, de faible, de jemenfoutiste, de carotteur …
Elle peut aussi avoir besoin de recevoir de l’attention de la part du milieu professionnel puisqu’elle ne peut plus en obtenir en exerçant sa fonction ! Elle peut avoir donc besoin d’un « substitut ».
Bien sûr, elle a besoin de distance par rapport au travail. C’est donc un exercice très délicat; puisqu’elle peut aussi rejeter certains collègues qui ont été impliqués dans la situation professionnelle de souffrance.
Physiologiquement, il faut que son cerveau puisse laisser le travail et tout ce qui s’y rapporte de côté de sorte que la partie qui régule le stress puisse reprendre sa place.  Un retrait par rapport au travail est donc nécessaire pour récupérer.

4) Passer à l’action tout en souplesse

  • Si vous êtes donc un(e) collègue, vous pouvez manifester simplement votre empathie. Votre soutien psychologique. Votre sympathie. Un petit message: « je pense à toi. Courage. Prends ton temps, je te garde au chaud. » serait déjà tellement réconfortant.

Bien entendu, vous êtes aussi, à votre insu, source de stress car lié au travail. Il est donc important rester authentique, sincère et aussi discret. Manifestez-vous dès que possible. Et ensuite, une fois de temps en temps. Juste pour apporter votre soutien moral. Vérifiez que cela est juste et bien reçu par votre interlocuteur. Demandez-lui ce qu’il/elle attend de vous, tout en lui rappelant qu’il est plus utile pour lui de prendre distance par rapport au travail.

  • Si vous êtes parent de la personne en souffrance, il va être important de prendre sur vous. Vous allez probablement être déstabilisé par votre conjoint, parent, enfant … Vous n’allez pas reconnaître ses comportements. Informez-vous. Lisez. Questionnez en douceur: « comment vas-tu ? que ressens-tu ? que penses-tu?  Que vas-tu faire de bon pour toi aujourd’hui ? ».
Evitez de laisser des listes de choses à faire, … la personne que vous avez devant vous est pour le moment au plus bas de son énergie vitale. Elle se sent diminuée. Elle dispose à peine d’1 dixième de son élan habituel. Si vous ne la reconnaissez pas, dites-vous qu’elle non plus.
La plupart du temps, les personnes en burn-out étaient vues comme fortes, avenantes, énergiques. Leur état est d’autant plus déstabilisant pour elles et pour leur entourage. Mais pour l’instant, leur mental ne contrôle plus le corps. Ces deux parties (le mental qui pousse à avancer à 200 km/h et le corps est le véhicule de cette hérésie) ont divorcé ! Votre conjoint VEUT avancer (son mental) mais elle ne PEUT pas (son corps bloque). Donc, si vous manifestez votre impatience, vous ne faites qu’accroître le conflit interne que vit la personne.
Vouloir avancer coûte que coûte, avancer, pousser, … (et c’est aussi la volonté de la personne, croyez-nous !) ne font qu’aggraver le burn-out ou en tout cas, reporter le moment de la reconstruction. La personne en burn-out doit passer par un cap où elle constatera qu’elle peut ne pas performer et être acceptée, aimée, quand même.

Conclusion:

Bien comprendre ce qui se passe dans le coeur, le corps et l’esprit de quelqu’un qui est en burn-out peut déjà suffire à déclencher votre empathie.

Votre proche en burn-out sentira probablement votre ouverture sur ce qui se passe.

Si cette personne ne sent pas jugée (pour ce qu’elle n’est pas, en plus!), si elle se sent accueillie, cela pourra l’aider à faire son propre chemin. Elle pourra lâcher-prise sur votre regard, sur sa peur de vous décevoir … et pourra consacrer son énergie (rare en ce moment) à se reconstruire.

Qu’aurez-vous à y gagner ? Cela dépend de chacun: juste le plaisir de faire quelque chose de bien, ou le sourire de quelqu’un qui souffre … le sentiment de poser un acte qui a du sens, se sentir utile, faire ce que l’on aimerait qu’on nous fasse, parce que c’est bon pour l’autre, parce que c’est bon pour vous,  …. Parce que cela génère des émotions positives chez l’autre, chez vous. Parce que les émotions positives se partagent et se multiplient … Parce que ces émotions participent à l’équilibre émotionnel de ceux qui les ressentent … Parce que pour sûr, à tout jamais, vous aurez marqué l’esprit et le coeur de la personne à qui vous aurez envoyé ce petit message.

Nous pouvons trouver 1000 raisons vous manifester auprès de ceux qui souffrent (et finalement, cela ne concerne pas que ceux qui sont en burn-out).

Nous en trouverons beaucoup moins de ne pas poser ce geste.

« Mieux vaut allumer sa petite bougie que maudire les ténèbres » (Lao Tseu). 

Si vous avez aimé l’article, surtout, partagez. Cela peut aider d’autres personnes et les aider à sortir de leur sentiment de solitude.

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